Le sommet de l'Obiou (mardi 12 août 03)

... Nous sommes bien dans le domaine du vide et une chute ne nous laisserait aucune chance...
... Finalement c'est de l'escalade à l'envers...

Lever à 2h30 du matin, après une petite heure de transport, nous arrivons au Col des Faïsses (alt. 1699 m), point de départ classique pour l’Obiou. La montée nocturne, dans des conditions de fraîcheur relative est bien agréable en cette période de forte chaleur. La lune, éclairant le versant sud, ne nous tient guère compagnie sur ce chemin qui aborde en face nord le col qui conduit au Petit Obiou. Le ciel encre, rend la dernière partie du col très austère. Le terrain est abrupt, rocailleux et instable. On devine la présence du «grand» Obiou, juste derrière nous, fier et imperturbable. Le jour se lève doucement lorsque nous atteignons le col.

La suite de la montée est superbe : elle permet  de rejoindre progressivement le sommet en le contournant par son versant sud avec quelques petites traversées descendantes. C’est cette portion de la montagne, la plus vertigineuse, la plus esthétique que nous avons choisie pour ouvrir un itinéraire en MTT sur l’Obiou : plus de 300 mètres de dénivelé absolument splendides… mais ô combien déraisonnables ! Nos esprits  jonglent à la limite du doute. Il est important, comme en ski de pente raide, d’analyser le terrain dès la montée : le "mtétiste" imagine alors le meilleur passage, le plus efficace. C’est aussi un moment important pour détecter les endroits "à risque" : un bloc en équilibre, une prise de main fragile pouvant se révéler dangereuse en cas d’utilisation, évaluer la stabilité des pierriers, etc. C’est ainsi que la montée à pied en suivant l'itinéraire retenu, permet d’en faire sa lecture. Les marques de peinture rouge sur la roche permettent de suivre facilement l’itinéraire qui peu à peu se raplanit avant d’atteindre le point culminant du Dévoluy. Le soleil  nous a attendus avant de pointer son nez à l’horizon. Les sommets des Ecrins s’illuminent… La suite est magique : une descente au-delà de ce que nous avions imaginé.

L’itinéraire, exclusivement rocheux, ne laisse aucun repos. Heureusement, le départ est progressif. Puis rapidement la difficulté arrive : un passage en 5+, suivi de deux couloirs, le deuxième plus délicat que le premier (plusieurs pas de 5). Ensuite, une longue traversée permet de trouver quelques passages plus faciles. Trois remontées de quelques mètres d’escalade facile mais nécessitant l’utilisation des mains  sont parcourues à pied et non sur le MTT. Ensuite c’est "le mur" : nous voici dans le passage clé ! Un piton trouvé sur place nous facilite l’assurance. Avec un deuxième point d’ancrage sur coinceur, l’utilisation de la corde ne fait plus de doute : nous sommes bien dans le domaine du vide et une chute ne nous laisserait aucune chance.
Un pas de 6, puis des grandes marches d’escaliers permettent de rejoindre un point sur lequel nous effectuerons un relais sur béquet. La verticalité est omniprésente. Juché sur une seule roue, le relief prend une toute autre dimension ! Un second passage clé nous pose problème, chacun tour à tour nous nous y essayons. La montagne ne veut peut-être pas nous dévoiler ses secrets ?

A partir d’une terrasse, sans point d’appui de main possible, il faut s‘élancer dans le vide avec, pour seule réception possible, une dalle déversante vers l’avant, autant dire plus qu’incertaine, puisque ce saut jouxte une arête, avec derrière nous le vide ! L’assurance n’est pas des meilleures : il faut laisser juste ce qu'il faut de corde avant la tentative de saut.  « Du mou ! … Sec, sec !… Je saute ! … »

En plus, impossible pour celui qui assure de voir celui qui se trouve "en-tête". Finalement c’est de l’escalade à l'envers… Une troisième longueur permet enfin d’atteindre le bas de la face rocheuse. La suite est plus classique, bien qu'exposée du fait d'une traversée sur dalles parsemées d’éboulis. La fin de la "voie" se déroule sur pierrier assez stable jusqu’au Col du Petit Obiou. Plus qu’une cordée, il fallait une confiance mutuelle, une véritable amitié, pour venir à bout de l’ouverture de ces quelques 325 mètres de dénivelé. 7h30 d’effort ont été nécessaires, de recherche d’itinéraire, de la meilleure solution, parfois même de la seule solution que nous avait inspiré le passage, mais jusqu’au bout nous avons cru qu'il était possible d'y arriver.
Maintenant que l’itinéraire est ouvert, il ne reste plus qu’à le répéter...


 

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